Juste une chanson, juste une question.

Il n’y a vraiment pas de hasard. C’était vendredi soir. Le 11 mai. Un concert exceptionnel ici. Parce que 7000 habitants et une pointure de la chanson française. Rare. Il me restait une place à l’abonnement famille parce que notre grande, c’est au bal du lycée qu’elle avait rendez-vous finalement. Place proposée à beaucoup, en vain. Tant pis.
Une heure avant, j’écrivais encore.
Une heure avant, il est passé à la maison, à l’improviste.
Il avait déposé ses deux enfants chez ses parents.
Seul parce que celle qu’il aime n’est plus là. Depuis un tout petit peu plus d’un mois.
- Un concert ? Avec vous, oui. Elle aurait aimé non?… alors d’accord.

La salle était pleine à craquer. Beaucoup d’amis. Beaucoup de sourires. Des musiciens hors-pair sur une scène magnifiquement éclairée. La magie des grands soirs.
Son blues qui traîne, son jazz qui danse, les souvenirs qui remuent le ventre et la vie qui file.

Et il y a eu cette chanson. Pour l’ami. Des larmes et des baisers de joie, aussi.

Est-ce que je retrouverai ma douce?

Si l’hypothèse des renaissances se vérifie
Si l’on a de nombreuses existences
Est-ce que je retrouverai ma douce dans une autre vie
Et le même bonheur intense

Entre le ciel d’en haut et le ciel d’ici
S’il existe un double sens
Un couloir de correspondance que l’on oublie

Si la mort n’est vraiment rien d’autre qu’un raccourci
Entre la vieillesse et l’enfance
Est-ce que je retrouverai ma douce dans une autre vie
Et le même amour immense

Et l’on se parle du soir qui tombe et des jours qui passent
Du nombre impossible d’étoiles
De ces choses que l’on croit connaître et de tant d’autres qui nous dépassent

Qu’il n’y ait que des jours de neige ou des jours de pluie
N’a vraiment aucune importance
Mais j’aimerais retrouver ma douce dans une autre vie
Et le même bonheur intense

Entre le ciel d’en haut et le ciel d’ici
S’il existe un double sens
Un couloir de correspondance que l’on oublie

Et si l’on peut boire à la source du paradis
L’eau de la fontaine de jouvence
Si c’est vrai que tout recommence
Je voudrais retrouver ma douce dans une autre vie
Et le même amour immense

    Michel  JONASZ, “Les hommes sont toujours des enfants”, 2011

Il n’y a pas de hasard. Ma place, devenue libre, attendait notre ami vendredi.
Cette chanson aussi.
Et une réponse à la question posée. 
Un oui, murmuré à notre oreille de sa voix étranglée. La gorge juste un peu serrée.

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Une cascade d’amour

Fin de dimanche. Le soleil s’est installé, nous a donné l’envie de prendre un bol d’air, de réveiller le jardin avec quelques plantations. La course effrénée d’une semaine encore trop chargée s’est arrêtée, un peu. Enfin. Et dans ma tête, au bout de mes doigts, des envies d’écrire, des idées de billets. Un concert vendredi soir et la magie du blues qui prend aux tripes, une rencontre avec un groupe d’ACE samedi et un coeur qui grossit encore, une soirée entre vieux amis, un ciné et du pop-corn, un dimanche matin et l’émotion de 48 premiers communiants.
Et trois mots de notre curé, dans son homélie, qui ne cessent de résonner, depuis ce matin: “…une cascade d’amour”.
Une cascade d’amour.
Et soudain comme un besoin d’écrire ces mots-là, parce que ça fait juste une journée que ça me trotte dans la tête. Depuis que j’ai lu son billet.C’est David qui m’a donné envie de les déposer ces mots, juste là.
Puis Sylvia. Et Pierre, dans son homélie ce matin.
Alors j’ai laissé toutes les autres idées, tous les autres moments. J’ai pris le temps de regarder un peu par-dessus mon épaule. Et tout a défilé. Déversé.
Comme une cascade d’amour.

Le premier que j’ai rencontré, ce devait être lui. La photo dit qu’il était grand. J’ai un peu plus de deux mois et je suis dans les bras de papa qui sourit. Je crois qu’il était fier. Heureux. Maman semble un peu inquiète. Il a versé l’eau sur mes cheveux, déjà noirs. Il a tracé la croix sur mon front. C’était un 16 avril.
Les jours, les semaines, les années qui ont suivi, ont rencontré Denis, dans la maison de mes jeudis puis de mes mercredis où une nounou bretonne m’apprenait, autour des gôuters de crêpes, que la prière était une autre nourriture. Denis entrait sans frapper et du fond du long vestibule signalait sa présence par un “j’espère que vous êtes sages les enfants !”Il avait toujours sa bible dans sa poche.
Sur mes chemins d’écolière, mes pas ont croisé ceux d’Irma, d’Anaïs ou de Simone, des soeurs qui faisaient encore la classe. J’aimais leurs prénoms. Et je me souviens seulement de leur bienveillance, de leur patience, des récrés à ramasser le tilleul avec elles pour les tisanes d’hiver, de leur grande maison dont les fenêtres s’ouvraient sur nos jeux d’enfants.
Première communion, clubs Perlin et Fripounet, retraite, profession de Foi, confirmation. Je pourrais citer tous leurs prénoms. François, Pierre, Vincent. Des soirées collégiennes dans une maison des Oeuvres, qui portait bien son nom.
Des soirées lycéennes aussi. Des questions, des souffrances, des révoltes. Des questions, des joies, des fous-rires. Ils ont été de mon adolescence des témoins, des gestes, des paroles qui remettent debout.
Etudiante trop tôt, dans une ville trop grande, Jean-Pierre, Dominique ou Alain ont transmis à la petite bande de copains, amoureux des mots et des livres, le goût du réel, celui d’aider et de donner, avec déjà des camions pleins de couvertures et de café. Parce que ça fait longtemps qu’il fait froid dans les rues, la nuit.
Le gôut d’aimer.
Cascades d’amour.
Puis, Soeur Anne, Soeur Bernadette. Sur mon chemin.
Et les vacances bretonnes. Et les voyages.
Bruno, l’ami, le frère, devenu prêtre et une première ordination vécue de près, un dimanche de juin. Inoubliable.
Je pourrais encore citer tous leurs prénoms. Je n’en ai oublié aucun. Celui qui nous a mariés et si bien accompagnés, ceux qui ont baptisé nos enfants. Et leurs premières communions, leurs professions de Foi, la confirmation de mon aînée.
Je pourrais  citer tous leurs prénoms. Je n’en ai oublié aucun.

Tous ceux qui ont écouté la douleur de la mort aussi.

Je pourrais encore parler d’un père de Vie, depuis si longtemps à mes côtés, parler de ceux que je croise ici ou là, parler de celui qui est devenu un ami, parler de ceux qui sont là, tout près.
Je pourrais encore parler de celle qui me sourit à l’entrée du monastère, de celle qui m’écrit de son lointain pays, de celle qui est un peu ma soeur et qui a choisi de lui donner sa vie.
Je n’aurais jamais assez de mots pour dire que ce ne sont pas des hommes et des femmes comme les autres. Qu’au-delà de leurs défauts, faiblesses ou fragilités, ils ont dans le regard quelque chose qui dit… oui, qui que tu sois, tu comptes pour Lui.
Ils sont prêtres, elles sont religieuses.
Ils sont de tous les instants de ma vie.
Une cascade d’amour.

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Entre parenthèses

Une petite heure de libre. C’est bien une toute petite heure, coincée entre deux heures de cours.
Comme une parenthèse. 
Prendre un café avec une collègue. Se raconter un petit bout de nos vies. La laisser repartir en classe. Prendre un autre café. Me dire que je ne devrais pas mais le faire quand même. Ouvrir le journal. Bien en grand, étalé sur la table. Avoir l’impression que le monde prend toute la place. Tourner les pages machinalement. Ne pas vraiment lire. Se dire qu’on perd un peu son temps mais que tant pis, ça fait juste du bien d’être là, à ne rien faire de précis. Se lever. Lire  l’affichage, sans le lire vraiment parce que les réunions, les projets, les dates à retenir, on les connaît déjà. Ne pas avoir  besoin d’ouvrir son cartable. Tout est prêt pour tout à l’heure. 
Une heure entre crochets. 
Alors  se décider soudain à aller faire un tour du côté de la bibliothèque du collège. Vingt minutes encore, le temps de se balader un peu dans leur univers de jeunes lecteurs.
J’aime bien lire ce qu’ils lisent. J’aime surtout savoir ce qu’ils aiment lire.
Il n’y a personne à cette heure-là. J’entre et referme la porte derrière moi. Vingt minutes.
Comme une pause. Buissonnière.
Les rayonnages me sourient mais ce ne sont pas eux qui m’attirent. Là, posées sur une table, des nouveautés. Livres tout neufs.
Un petit recueil. Il m’a tout de suite fait de l’oeil.
Bleu.
Des nouvelles. J’ouvre. Non. En fait, c’est le livre qui s’est ouvert. Juste à cet endroit.
J’ai lu, debout, happée très vite par les mots. Un petit récit, tout simple, sans fioritures. Des mots. J’ai eu envie de les partager. A des amies collègues. A vous.

Parce que je sais que mes élèves vont les lire aussi ces mots-là.
Comme une parenthèse dans leur vie.
Et j’ai un espoir tout bête.
Peut-être que ce sont des mots qui les feront grandir.

Scène de comptoir

Il est assis sur un tabouret, une tasse de café posée devant lui. C’est un grand monsieur noir qui tient son bonnet dans la main. Quelques sacs en plastiques attendent à ses pieds. On pourrait croire qu’il termine ses courses de Noël. Mais il est sept heures du matin. Malgré moi, je l’observe avec l’oeil impitoyable de la curiosité et , à quelques détails, je devine qu’il a dormi dehors.
Soudain, il se lève et se dirige vers un homme et une femme accoudés au comptoir, juste à côté de moi.
- Excusez-moi de vous déranger. Est-ce que vous permettez que je vous offre votre café?
- Pardon?
- Je serais très heureux de vous offrir vos cafés et vos croissants.
- Mais pourquoi?
Silence.
- S’il vous plaît, ça me ferait plaisir.
Il tourne son bonnet dans les mains, il attend la réponse avec anxiété. L’homme et la femme se regardent, puis font un grand sourire.
- Vraiment?
- Vraiment.
- Alors, volontiers, cher monsieur. Merci infiniment.
Regard triomphant. Le généreux donateur se retourne vers le serveur.
- Vous avez entendu? Ils acceptent! Je suis heureux.
Moi, je ressens comme un soulagement. Depuis que je suis entré dans ce café, c’est la troisième fois que cet homme tente d’inviter un client. Les deux premières fois n’ont pas été concluantes. Les réactions sont hostiles. Rires amusés puis agacement.
- Certainement pas! En quel honneur?
Et toujours ce POURQUOI inquisiteur qui veut dire: “Que me voulez-vous? Qu’attendez-vous en échange?” Chaque fois, l’homme n’a pas insisté. Il a rejoint son tabouret et ses sacs. Mais cette fois-ci, il plonge la main dans sa poche, en sort une quincaillerie de pièces jaunes. Le serveur est furieux. Le comportement de cet homme lui apparaît visiblement comme une perturbation. Il vient vers le couple qui a accepté l’invitation:
- Vraiment, vous le laissez faire?
- Oui, bien sûr, nous sommes très touchés.
Hochement de tête méprisant du serveur qui encaisse la monnaie en marmonnant. J’entends deux mots répétés dans sa barbe: “La honte… la honte…”
De quelle honte parle-t-il ? Celle de s’abaisser à recevoir? La générosité est-elle le privilège des riches? Qui a le droit de donner? Je reste dans mon coin à me poser ces questions, frappé des leçons inattendues qu’offre le quotidien.
Deux jours plus tard, en écrivant ces mots aujourd’hui, c’est une autre dimension qui m’apparaît soudainement: le don n’est pas un geste du coeur, c’est l’affirmation d’une dignité.
Quand l’homme a remis son bonnet et saisi ses sacs pour sortir dans le froid, il rayonnait.
Inutile de décrire la fureur du serveur quand il découvrit, sur le cuivre du comptoir, un insolent pourboire.
               Timothée de Fombelle, in Nouvelles Contemporaines, regards sur le monde, 2012

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Etre quelqu’un pour quelqu’un d’autre

Classe de 3ème. L’exercice semblait simple, sans beaucoup de conséquences. Mais les conséquences ont une particularité, un principe presque. On ne les mesure jamais vraiment. L’exercice nous menait à la découverte de Prévert, parce que c’est lui que j’avais mis à l’honneur cette année-là. Le lire, savourer ses mots, s’arrêter sur un  de ses poèmes, l’apprendre, dire ce qu’ils retenaient, ce qui les touchait aussi . Parce que les mots nous touchent, c’est ce que je leur apprends.
Ils nous effleurent, nous attrapent parfois, et ne nous lâchent plus.

Elle, elle  était plutôt timide. Elle s’appelait Mathilde. Je m’en souviens parce que c’est un prénom que j’aime bien. Elle avait choisi ça.

Le message
La porte que quelqu’un a ouverte
La porte que quelqu’un a refermée
La chaise où quelqu’un s’est assis
Le chat que quelqu’un a caressé
Le fruit que quelqu’un a mordu
La lettre que quelqu’un a lue
La chaise que quelqu’un a renversé
La porte que quelqu’un a ouverte
La route où quelqu’un court encore
Le bois que quelqu’un traverse
La rivière où quelqu’un se jette
L’hôpital où quelqu’un est mort.


Et elle avait écrit cette explication.
 ”Ce “quelqu’un” semble être tous et en même temps personne. L’histoire est concrète, très concrète. L’histoire d’un suicide. Et pourtant, elle semble loin à cause de ce quelqu’un. Qui n’est pas vraiment quelqu’un, qui semble anonyme; ça me rappelle des histoires autour de moi, ça me fait penser aux gens que je croise derrière mon écran et qui ne sont pas vraiment des gens pour moi, parce que je ne les connais pas beaucoup encore. C’est étrange on est tous des “quelqu’un” sans se connaître bien. Et puis si on remplace “quelqu’un” par un prénom dans ce poème, il se passe quelque chose. On a l’impression qu’on pourrait l’empêcher de se jeter à l’eau et de mourir.”

Elle s’était arrêtée là.
Je me souviens lui avoir demandé en lui rendant sa copie de m’expliquer un peu sa dernière impression. ”Je crois que c’est parce qu’on aurait l’impression de le connaître, de le connaître mieux, d’être proche, à l’écoute. Etre à l’écoute…pour pouvoir le sauver.”

Les conséquences ne se mesurent jamais vraiment.
Ce que je viens d’écrire là, je l’ai retrouvé sur un cahier, année 2007. Un cahier où, prof, il est intéressant de consigner quelques traces de mes cours. Oh, pas tout, non. Juste des moments difficiles, agréables ou simplement touchants.
Comme ce moment-là. 
Je l’ai ressorti  pour en discuter avec Anne-Lise, la jeune prof qui est en stage cette année avec moi. Parler d’expériences…
Je me souviens bien de ce moment-là. Pas besoin de le relire, consigné là, noir sur blanc. Il est bien présent dans ma mémoire. Je revois l’instant, je revois la classe. Et Mathilde.

J’ai repensé à mon cousin, à cet élève de mon mari il y a quelques années, à ces chiffres anonymes dans les journaux. J’ai repensé à mon amie infirmière dans une unité pédiatrique qui me raconte parfois… J’ai pensé à tous ces élèves juste croisés.
J’ai pensé à la solitude aussi, de certains jeunes, mais aussi d’adultes, de vieilles personnes.

Je n’ai pas eu peur. Juste un frisson. Et je me suis dit qu’il était important d’être quelqu’un pour quelqu’un. Même si parfois ce n’est pas suffisant.

J’ai repensé à celui qui dit de nous aimer les uns les autres.
D’être quelqu’un pour quelqu’un d’autre.

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De la terre, des visages.

Un dimanche matin. 
Ce n’est pas dans une église que nous sommes entrés.
Pas cette fois.
Nos pas nous ont menés dans un atelier de poterie, au fond d’une grotte.
Avec des enfants, ribambelle de neveux et de nièces.

Deux heures de calme, de silence, d’attention.
Miraculeuses.

Caresser la terre de ses deux mains, la trouver douce, la trouver belle,  
Lui donner un visage.
Et se rendre compte que la Création est une histoire d’amour.

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Bon, ça, c’est dit. Et bien dit.

Voilà. Pas envie d’entrer dans un débat d’idées, mais bon, avec Fabrice Hadjadj, je ne suis jamais objective. Tout ce qu’il écrit, ça me va. Alors je profite d’un 8 mai où l’on a chanté la Paix dans les églises ET dans les mairies de France pour laisser ça un peu ici. Après, je reviens à mes heures, à mes livres, à mes films. Promis.  ;-)

Fabrice Hadjadj, philosophe : “M. le Président, ne confondez pas laïcité et laïcisme”

Le philosophe catholique Fabrice Hadjadj appelle François Hollande à ne pas oublier les racines chrétiennes de la laïcité pour que celle-ci soit justement défendue.

Voici l’intégralité du message adressé par le philosophe Fabrice Hadjadj à François Hollande, qui vient de remporter une majorité de suffrage à l’élection présidentielle. 

“Monsieur le Président de la République française, C’est à juste titre que dans votre programme vous avez insisté sur la nécessité de “défendre et promouvoir la laïcité”. 
Or, vous n’êtes pas sans savoir que ce mot de “laïcité” est un signe ostensible dans notre langue. Il vient de la théologie catholique.

Comme monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, quand vous parlez de laïcité, vous faites de la théologie, et vous renvoyez à la parole du Christ : “Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu” (Mt 22, 21). 

La condition de possibilité historique de votre exigence de laïcité repose sur le judéo-christianisme et sur la distinction catholique entre clercs et laïcs. 

S’il n’y avait pas l’Evangile, mais seulement le paganisme ou le Coran, l’Eglise et l’Etat se confondraient, et nous subirions l’emprise totalitaire d’un calife ou d’un président qui se prend pour Dieu.

Ces remarques ont pour vous deux conséquences :

1) Si vous vous mettez à promouvoir la laïcité pour elle-même, c’est-à-dire sans relation distinctive par rapport aux clergés, vous tombez dans le laïcisme, c’est-à-dire dans une religion de la laïcité, avec son “clergé” brun ou rouge, ses chapelles, ses excommunications.

Pour que la laïcité reste elle-même, il faut qu’elle se distingue d’un clergé dont elle reconnaît la valeur, mais avec lequel elle ne veut pas de confusion.

2) Si vous faites de la laïcité un concept détaché de son fondement judéo-chrétien, vous tomberez dans une amnésie qui ne pourra que faire le lit des fondamentalismes. 

Une laïcité “à la française” ne saurait ignorer le caractère prééminent du christianisme dans la formation historique de la France actuelle. Nous ne pourrons nous mentir longtemps à ce sujet : avec un islam majoritaire, par exemple, la France ne saurait rester laïque. 

C’est pourquoi parler sans distinguo entre les religions, ce serait non seulement faire preuve d’ingratitude — comme on parlerait sans distinction de sa mère et de n’importe quelle femme — mais surtout détruire la laïcité elle-même.
in magazine “Pèlerin”, 7 mai 2012

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Le ciel était rose

Le ciel était rose ce matin par-dessus les toits.
J’ai trouvé ça beau, juste beau . Et comme j’avais laissé mon appareil photo, là, posé sur la table, à peine remis du week-end, je l’ai pris et j’ai ouvert la porte vers le jardin. J’ai senti le froid sur mes épaules et je me suis même trouvée un peu ridicule, de poser, sur un écran, un ciel juste un peu rose.  Je me suis dit des banalités. On se dit toujours des banalités quand on voit le matin, au réveil, un ciel que l’on trouve beau. On se dit que la journée sera belle. Forcément. Comme si la couleur du ciel pouvait y faire quelque chose.
J’ai allumé la radio, écouté un peu les nouvelles mais comme j’y avais déjà accordé beaucoup trop d’importance la veille, j’ai vite éteint. Oui, on avait un nouveau président. Finalement, je n’étais nullement surprise, pas heureuse, ni déçue, juste à me dire qu’il fallait vraiment continuer à rendre la vie belle autour, que c’était surtout nous qui la faisions ce qu’elle était. Et que ça, pour moi, ça ne changerait jamais.
Et puis, le ciel était rose. Voilà. 
Je me suis préparée, tranquille, un peu machinalement aussi.
Pourtant. Pas tout à fait pour une journée ordinaire.
Pas tout à fait pour une journée ordinaire de prof. J’aime être prof. J’aime mes élèves. Et je m’en fiche un peu des pseudo-pédagogues qui vous sortiront les grands mots et vous diront qu’il ne s’agit nullement d’aimer mais d’enseigner, d’éduquer. Moi, je ne peux pas enseigner, ni éduquer sans amour. C’est tout. J’aime leurs regards, leurs sourires, leurs mots. Les textes qu’ils m’écrivent que je n’oserais espérer lire, les phrases qu’ils prononcent que je n’oserais espérer entendre. Il n’y a pas de naïveté ici, ni de démagogie. Bien sûr, ils peuvent être grossiers, maladroits, désagréables même. Et ils le sont parfois. Mais derrière ces visages affichés un peu fièrement, posés en avant comme des masques, il y a toujours de la fragilité, souvent de la gentillesse, de la confiance aussi.
Le ciel était rose et en préparant mes affaires, je me disais que j’avais de la chance d’aimer ce que je faisais et de le faire par amour.
Le ciel était rose ce matin. Les nouvelles m’étaient égales. La journée m’attendait, offerte. Au milieu d’eux. Journée pas ordinaire donc: un rassemblement avec un réseau d’écoles et collèges, plus de 1700 jeunes réunis pour randonner et partager des jeux. Un temps de rassemblement au profit des Restos du Coeur.
Mais surtout. Les retrouver, marcher avec eux, sourire de leurs bêtises, rire de leur humour, être au milieu d’eux, avec eux. Un peu.
Et puis les laisser s’éloigner et les regarder de loin. Et voir ce qui fera demain. Eux.

Le ciel était rose ce matin et la journée, belle. Oui, vraiment belle.

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