Dimanche encore frileux mais l’envie cependant de prendre un peu l’air. Des petites bulles d’air, vous allez comprendre. La route, c’est une vingtaine de kilomètres vers la Loire, toute proche, sur ses bords. La route, c’est un ciel tout ennuagé comme des flocons restés suspendus. La route, c’est une terre labourée et striée de blanc, nappée des restes de neige . La route, ce sont des squelettes d’arbres, quelques éoliennes fantômes, trois petits villages endormis, comme un décor de contes. Un peu l’enfance déjà. La route, c’est de la musique dans les oreilles, mais je ne sais plus trop laquelle. Parce qu’il y en avait surtout pour mes yeux.
Et on y est. Presque trop vite, j’aime bien quand ces routes-là se prolongent un peu.
Chalonnes-sur-Loire.
Pour moi, cette petite ville, ce sont les quais à longer quand la Loire se fait belle et fière, des balades d’étés à courir sur les épis avec des cousins d’ici, mais ça j’en ai déjà parlé, des souvenirs à vélo et toujours un petit air de vacances. Finalement, il y a là les quelques heures de mon enfance quand elle se faisait encore angevine.
Chalonnes-sur Loire, ce dimanche, c’est le 25ème festival de la bande dessinée…moins médiatique que son illustre aîné d’Angoulême mais le rendez-vous de plus de 4000 visiteurs pour une bourgade de presque 7000 âmes. Et des fidèles. Surtout.
Les festivals de B.D. ont quelque chose en commun, je le sais pour avoir suivi mon mari dans quelques-uns d’entre eux. Il y a dans les regards de ceux qui sont là comme des étincelles de l’enfance, même si les planches à feuilleter et les bulles à lire sont parfois bien celles de la vie adulte.
Et moi, dans l’enfance, je m’y replonge jusqu’au cou parce que ce dimanche, je vais rencontrer l’auteur de mes 7 ou 8 ans, celui qui animait mes récrés parfois solitaires, celui qui m’a fait aimer le mot “compère”, celui de mon premier abonnement. Fripounet.
Et les aventures de Sylvain et Sylvette, un garçon et une fille amis, sabots dans les pieds et fichus sur la tête, des animaux complices, une cabane, la forêt, des ruses un peu scouts pour faire rire mes 7 ans, la bêtise et le mauvais esprit toujours perdants, oui de quoi nourrir les bons sentiments. N’empêche, il est là, l’auteur, Jean-louis Pesch, ses 83 ans, et son fameux coup de crayon. J’aurais pu le rencontrer souvent car il habite le Maine-et-Loire et se déplace encore beaucoup. Mais non, c’est la première fois. Et moi, lorsque je m’approche, j’ose un peu…” et votre crayon semble glisser tout seul “… il les connaît les contours, plus de 4000 pages en 56 ans, depuis qu’il a repris en main les personnages créés en 1943 par Maurice Cuvillier, près de 60 titres, et des compères qui ont toujours du succès …?…
Et levant un peu le nez, derrière ses lunettes, des yeux toujours malicieux. Du succès ?
“…oui, parce que l’amitié ça ne passe jamais.”
Juste bon. Juste bien. Juste doux.
J’ai pensé à mes neveux, des dédicaces pour eux, et je leur raconterai un peu.
J’ai repensé à mes récrés et sur la route du retour, j’ai vu les flocons nuageux se rapprocher de la terre blanche, les éoliennes devenir des Don Quichotte perdus se battant contre je ne sais quel vent.
Il sentait bon le parfum d’enfance ce dimanche, petites bulles d’air pour respirer encore davantage à pleins poumons une vie d’adulte bien remplie.

Jean-Louis Pesch, crayon toujours aussi vif, au Festival de la B.D. de Chalonnes sur Loire le dimanche 12 février


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Merci…ça me rappelle des souvenirs aussi…tu m’avais expliqué ce que voulait dire “garnement”…il y avait toujours ce mot là avec les compères, non…
Buena Notte, il est chouette le magnificat de Mona, merci aussi.bises Corine
@François: merci de ton passage
@Nina:
Pouhhhhhh…qu’est ce que ça fait du bien de te lire dans ces textes-là…
Découvert ici par le scoop it de François: merci Corine, votre regard sur tout est doux, vivant, avec de la joie souvent et vos partages font du bien. Longue vie à votre blog. Une nouvelle lectrice qui semble-t-il habite pas très loin de chez vous………
En effet tout près même…bienvenue Nathalie, au plaisir de se croiser IRL
De fil en aiguille…par Nathalie
votre billet, il est très beau, merci. Votre blog aussi.