Bijou de Cendres

- Grand-mère, tu l’effaces pas ta croix sur ton front ?
- Non, je la garde un peu…
-Jusqu’à la maison?
-Oui…pourquoi?…ça te gêne?
-J’sais pas…j’aimerais pas croiser quelqu’un qui me voit avec des cendres sur le front…
-Pourquoi?
-Je ne saurai pas lui expliquer…
-Et la croix à ton cou tu sais l’expliquer?
-Oui… c’est mon bijou.
-Bon et bien si on croise quelqu’un qui nous demande, tu diras, grand-mère porte un nouveau bijou…il croira peut-être à une nouvelle mode!

Bien rentrés. Il faisait nuit.
Petite moue.
- Finalement, grand-mère, personne n’a vu ton beau bijou…dommage!

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“Regarde!”

Ce matin, je me suis levée en pensant à ce soir. Célébration des Cendres.
J’ai lu quelques-uns de vos blogs. Avec bonheur. Entrée en Carême. Partout.
J’ai traversé la place de l’église, croisé un visage familier. Tout est prêt oui.
Cendres. Carême.
Et je me suis baladée encore sur le marché.
J’ai croisé aussi une mère de famille soucieuse de son déjeuner, un couple de retraités et son chien, les petites voisines portables aux oreilles et fous-rires, le SDF qui vit ici tout l’hiver, une vieille femme, un homme affairé, un jeune couple… J’ai croisé des tas de visages plus ou moins familiers.
Cendres et Carême dans la tête. Je me suis demandée si ça trottait aussi dans la leur. Pas de réponse évidemment mais comme une certitude tout à coup.
Mon chemin de Carême, chemin intérieur oui mais… chemin au milieu de. Au milieu d’eux. Tous ceux qui m’entourent de près ou de loin et pour qui Cendres et Carême ne veulent peut-être rien dire. Juste envie d’être avec eux aussi. Davantage.
De leur dire ce que je vis, ce que l’on vit, tout doucement, presque sans bruit, comme Marie, hier, levant tout à coup la tête du sable où elle dessinait son prénom, et nous montrant la chapelle de Penvins au loin… “Regardez, là! … un tout petit point…si… quand on regarde bien, longtemps … on peut voir la croix.”
40 jours pour cheminer, les yeux rivés sur ses propres pas, et  prendre le temps aussi de lever la tête, pendant le voyage, et de regarder. Avec et autour.

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Lekh lekha !

Juste ce qu’il me fallait entendre pour entreprendre un nouveau voyage… Partage.
A lire aussi dans Témoignage Chrétien (16 février 2012).

“À Abraham, le Seigneur dit : « Va, laisse ton pays… » et, à l’autre bout de son histoire, le vieux patriarche entend ce même « Va », qui l’envoie au Mont Morya, la montagne de l’épreuve ultime. On nous rappelle volontiers que l’hébreu, lekh lekha, peut signifier Va pour toi, va vers toi-même. Abraham, de campement en campement, va, il marche avec son Dieu, il marche vers la révélation d’un Dieu qu’il ne sait pas encore tout à fait et qui, déchirant ses ultimes peurs, lui donnera, connu et nouveau, son être de père, père d’Isaac et père des croyants.

Le Carême n’est pas sans analogie avec ces errances dans le désert, qu’elles soient celles du peuple pérégrinant quarante années avant d’atteindre sa Terre promise, ou celles d’Abraham, notamment en ces trois jours qui le mènent au pied de la montagne où, croit-il, il lui faut sacrifier le fils promis et reçu. Le Carême a quelque chose d’une grande retraite, où nous entrons, sans trop savoir où nous allons, soit que l’habitude ait bloqué tout enthousiasme, toute attente, soit que cette ignorance au contraire soit espérance.

Qu’est-ce qu’une retraite ? Une mise à l’écart pour laisser mûrir une décision ou renouveler un élan qui s’est aplati… On marche, on accepte d’être déplacé ou réorienté. Le mercredi des Cendres, nous prenons la route et durant 40 jours (et même plus !), nous allons avancer, même si nous devons nous attendre à subir l’impression de faire du surplace, quand ce ne sera pas de reculer ! C’est souvent ce qui nous rebute d’ailleurs : à quoi ça sert ? de toutes façons je ne sens rien, je ne vois pas, l’essentiel n’est pas dans ces pratiques d’un autre âge, etc.

Une retraite, c’est offrir du temps au temps – rude ascèse pour nous qui passons notre temps à courir après lui ! Le Carême, c’est offrir à notre être tout entier de faire consciemment l’expérience de la durée, durer dans l’attente, dans une certaine attention et vigilance. C’est entendre, nous aussi, ce « Va ! », qui est marche vers des profondeurs en nous ignorées : « Va pour toi, va vers toi-même ». Lâche tes peurs, tes suffisances, marche vers ce qui va te surprendre.

Oui, mais, depuis deux mille ans, nous savons ! La Résurrection n’a plus de secret, quand elle n’est pas un mythe gentil, une façon de parler. De parler de quoi, au fait ?

Abraham croyait marcher vers le sacrifice de son fils et il l’aurait fait avec toute sa foi. Il allait, et derrière l’ordre insensé se cachait quelque chose vers lequel il marchait. C’est devant l’autel déjà dressé que surgit l’inattendu : une expérience fulgurante de Qui est Dieu. L’étonnant, ce n’est pas qu’Isaac ne meure pas, mais que se dénoue le dilemme dans une simplicité qu’aucun raisonnement ne peut rendre…

Au bout de nos marches, nous attend l’inattendu. Dans la nuit de Pâques, jaillit le cri : le Christ est ressuscité. Mais cela, nous le savons ! Nous le savons d’autant mieux qu’il est évident qu’il n’y aurait pas de Carême s’il n’y avait pas Pâques ! Va, cependant, lekh lekha: va vers ce fond de toi où découvrir « Dieu plus intime que mon intime », comme en fit l’expérience saint Augustin.

Allons-y ! Entrons en Carême, comme on entre en retraite, comme on part en voyage, vers un lieu que l’on sait, mais dont on sait surtout qu’il nous surprendra.”

Soeur Marie, moniale bénédictine

Un chemin fait d'ombre et de lumière...

                                           
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Contre-jour

Ici, je m’amuse un peu, avec mon fils, à prendre quelques photos. Débutante.
Surprise par celle-ci, attrapée hier en pleine lumière et montrant pourtant des obscurités, révélant des couleurs imprévues.
“C’est un contre-jour, maman”.
C’est beau, un contre-jour, ça change le regard.
C’est un peu comme une entrée en Carême, non?
La source de lumière est là, bel et bien là, face à moi. Et elle laisse apparaître des ombres, des fragilités, des faiblesses.
Se retourner. Peut-être pour mieux voir.
Nouvel éclairage pour une lumière nouvelle, pour changer mon regard.

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Quand la nature nous parle…

… et  dépose de petits trésors à nos pieds.

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Quand la terre s’échappe sous mes pieds

L’horloge de l’église indiquait midi, un peu avant, un peu après, je ne sais plus très bien et peu importe d’ailleurs, ici le rythme c’est celui des marées, des messes ou des marchés, ça dépend à qui tu t’adresses. A cette heure-là, j’aurais peut-être dû  préparer les poissons du déjeuner mais la cuisine fourmillait déjà de petites mains efficaces, j’aurais peut-être pu longer encore la plage mais le sable était foulé par d’autres pas plus sportifs, j’aurais pu enfin pousser la porte des Pères de Picpus qu’il était temps d’aller saluer, mais… non. L’heure était au soleil, le visage baigné par les rayons d’un hiver qui décidément se faisait la belle. Et je traînais un peu sur la place du marché où seul restait le boulanger du lundi.
Le boulanger du lundi, j’aime le retrouver parce que sur son étal, c’est un peu de la poésie offerte aux yeux…et aux papilles. Ses douceurs bretonnes, ses brioches d’un autre âge, ses galettes et ses crêpes, et ses pains, ceux qu’on ne trouve plus dans les boulangeries d’aujourd’hui et qui rappellent les quatre livres d’autrefois. Le boulanger du lundi, il ne ressemble pas à un boulanger. Il a le pull marin, le bonnet vissé sur les oreilles et l’oeil bleu vif du voyageur breton.
Et il a un sourire qui te dit bonjour de loin.
Si j’aime le retrouver le boulanger du lundi, c’est parce qu’ il a toujours des histoires à raconter. Je ne sais jamais trop par où commencent nos conversations mais ce matin du coin d’un oeil complice, on se raconte un bout de Moyen-âge, parce qu’on aime bien tous les deux. Héloïse et Abélard, parce qu’on voit passer des amoureux, et de cette histoire d’un autre monde qui se prolonge juste à côté, à l’abbaye de St Gildas.
L’abbaye. On arrive toujours finalement à parler d’églises, de religion, de prières!
Et en déposant son pain dans mes mains, il me dit: “80 chambres à l’abbaye… et ça ne désemplit pas…! C’est fou ce besoin que les gens ressentent de nos jours, venir à l’abbaye… faire des retraites…”
Il n’y avait pas de questions dans ses mots mais j’ai senti son regard un peu interrogateur quand même.
“Besoin de silence peut-être, besoin de s’approcher plus près…”
Mon ami boulanger m’a regardée, souriant.
“Oui je crois que je comprends… comme ce besoin que j’ai de reprendre la mer quand la terre s’échappe sous mes pieds…”

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Océan du soir

Au soir, quand tout commence à se taire,
L’océan remonte doucement ses vagues sur le sable
Comme s’il bordait la plage d’un drap
Avant une nouvelle nuit de sommeil.

Et quand tout se tait enfin, le soir
Assise, silencieuse, au bord de l’immensité,
Les mains ouvertes, je laisse monter ma prière
Vers ton ciel, ma voûte d’église.

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